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Cinemaniacs : Lorsque vous avez accepté le rôle de Jason Bourne pour The Bourne Identity, vous avez redouté être réduit à ce genre de rôle…
Matt Damon : Je crois qu’à notre époque, avec les médias et la promotion des films, il est presque impossible de ne pas se faire catégoriser. A moins d’ignorer la presse complètement, ce qui est presque impossible, les gens se créent une idée de vous. Je pense que j’ai néanmoins eu la chance de m’être vu proposer une série de rôles qui était à l’encontre de ce qu’on attendait de moi. J’espère ne pas être attaché à un certain type de rôle mais c’est inévitable, à moins de s’appeler Robert De Niro. Tout le monde se fait une opinion de vous. On vous juge naturellement.
Cinemaniacs : Comment vous définissez-vous?
M. Damon : Je dirais que le public me voit comme le jeune américain classique. C’est ce que j’ai entendu dire à mon sujet. Personnellement, je trouve difficile de se définir. Je n’arrive pas à me résumer en quelques mots.
Cinemaniacs : Le rôle de Jason Bourne est très physique. Fut-il difficile de retrouver la forme pour le personnage?
M. Damon : Non, pas vraiment. Je savais à quoi je m’attendais. Je me souviens que le réalisateur du premier film m’avait demandé d’imiter la démarche d’un boxeur. J’ai donc recommencé à faire de la boxe. Cela m’a beaucoup aidé, non seulement pour me remettre en forme pour les scènes de cascades mais aussi pour ma façon de me tenir.
Cinemaniacs : Jason Bourne est un homme de peu de mots. Est-ce plus difficile d’interpréter ce genre de personnage?
M. Damon : C’est avant tout un défi, ce que j’ai beaucoup apprécié. Pour être honnête, je crois que c’est plus difficile pour le réalisateur que l’acteur. Un comédien peut rester planté devant la caméra et penser à ce qu’il veut. (rires) C’est la réalisation qui va le mettre dans un certain contexte. Le réalisateur va vous faire croire qu’il pense à quelque chose de précis.
Cinemaniacs : Est-ce amusant pour un acteur de retrouver un personnage qu’il a déjà interprété?
M. Damon : Oui. Je ne l’avais jamais fait auparavant. J’ai connu cette expérience au théâtre mais jamais au cinéma. C’est en effet assez sympa. J’aime le personnage de Jason Bourne. A Hollywood, il arrive souvent que les plus gros budgets soient les films avec les personnages les plus simples. Les studios misent beaucoup d’argent dans la réussite d’un film et ils ne veulent pas que le public perde son temps à distinguer les bons des méchants d’un film. (rires) Il en résulte des personnages linéaires et ennuyants. Jason est très complexe. Il a pas mal de problèmes et il est loin d’être parfait.
Cinemaniacs : Vous étiez plutôt réticent à l’idée de faire la suite de The Bourne Identity?
M. Damon : J’avais peur de faire ce film parce que les suites sont souvent nulles. J’étais très sceptique à l’idée de faire un nouveau film de la série. Mais le réalisateur Paul Greengrass m’a convaincu. Je suis fier de ces deux films. Je n’ai pas encore signé pour un troisième mais je serai assez partant si le scénario est toujours aussi bon et si Paul reprend la réalisation. J’aimerais savoir ce qui se passe ensuite avec le personnage.
Cinemaniacs : Comment choisissez-vous vos films?
M. Damon : Ma décision s’arrête à la connaissance du nom du réalisateur. Même si le film est finalement mauvais, j’assume ma décision. J’ai fait mon choix. Tout commence et se termine avec le réalisateur. Le réalisateur est plus important que le producteur. Il a le pouvoir de création.
Cinemaniacs : Qu’en est-il d’un acteur/scénariste? Pensez-vous qu’il doit laisser sa place au réalisateur?
M. Damon : Absolument. Je me souviens qu’à la fin de l’écriture de Good Will Hunting, Ben Affleck et moi-même avons offert le scénario à Gus et nous lui avons dit : c’est à toi. C’était difficile mais nous voulions être clair vis-à-vis de Gus que nous ne voulions pas que notre rôle d’auteurs entrave le sien. Il était le réalisateur et le pouvoir décisionnaire. Nous n’allions pas remettre en doute ses décisions. Nous avons discuté du film avec lui. Nous lui faisions confiance. Il avait sa vision des choses et il fallait que nous prenions du recul. On peut discuter d’un film, avoir des opinions différentes, mais à la fin de la journée, il ne faut qu’une seule décision. Il faut soutenir les choix du réalisateur.
Cinemaniacs : Et l’ego du scénariste?
M. Damon : Un scénario n’est rien. C’est un plan de travail. Si on veut raconter une histoire, il faut écrire un roman et non un scénario. Un script existe uniquement afin de donner naissance à un film. Un scénario n’est qu’un bout de papier s’il n’est pas mis en image, peu importe les heures de travail.
Cinemaniacs : Vous avez refusé le rôle dans le thriller Payckeck pour l’offrir à votre ami Ben Affleck…
M. Damon : Oui, j’ai refusé ce rôle. C’est vrai. Je suis convaincu que les adaptations des livres de Philip K. Dick donnent de superbes films. J’ai rencontré John Woo et je lui ai dit que je ne pouvais pas faire le film car il était trop similaire à The Bourne Identity. Il a compris tout de suite mon point de vue. Mais je lui ai confirmé en revanche que Ben Affleck était très intéressé par le film. Ce qui n’était pas encore le cas puisqu’il ne connaissait pas l’existence du script. (rires) Je connais Ben depuis si longtemps que je savais que le film allait lui plaire. Je lui ai téléphoné après ma réunion et je lui ai dit qu’il devait se procurer au plus vite le scénario. (rires)
Cinemaniacs : Ressentez-vous la pression du budget d’un film lors du tournage?
M. Damon : Ce film est certainement celui sur lequel j’ai ressenti le plus de pression. C’est probablement dû à ma peur de faire une suite. J’ai plusieurs fois affirmé dans des interviews pour The Bourne Identity que j’étais très sceptique à l’idée d’une suite. J’ai sans cesse répété que je ne ferais pas de suite à moins qu’il soit aussi bon que l’original. Et puis, je me suis retrouvé sur le tournage de ce film en me disant qu’il faut qu’il soit mieux que le premier. (rires) J’étais très nerveux et sous pression. C’est la première fois que j’ai vraiment ressenti le poids de la réussite d’un film. D’habitude, je fais mon travail et puis ce n’est plus mon problème!
Cinemaniacs : Hollywood est aussi intransigeant face à l’échec…
M. Damon : Oui. Il existe une règle secrète à Hollywood qui dit qu’après trois échecs consécutifs vous êtes fini. Le cinéma est un peu comme une partie de poker de haute compétition. L’échec est très mauvais pour une carrière.
Cinemaniacs : Quelle est exactement votre place à Hollywood aujourd’hui?
M. Damon : Je crois qu’il est impossible d’affirmer qu’on a le contrôle de sa carrière. J’ai actuellement le luxe de pouvoir choisir mes rôles. La balle est dans mon camp en terme de décision. Je fais trois films actuellement, ensuite je pense faire une pause. J’avance prudemment. Il faut être patient dans ses choix.
Cinemaniacs : Et l’écriture?
M. Damon : J’aimerais mis remettre. J’en parle souvent avec Ben (ndlr : Affleck). Nous en avons envie mais nous sommes tout deux très occupés.
Cinemaniacs : Seriez-vous intéressé d’être à ses côtés à l’écran?
M. Damon : Pourquoi pas, si c’est un bon film. Nous ne le ferions pas uniquement pour avoir la possibilité de travailler ensemble.
Cinemaniacs : Dans les films d’action, le héros est souvent un homme ordinaire plongé dans une situation extraordinaire. Pensez-vous la même chose des acteurs à Hollywood?
M. Damon : Ouais. Je me sens souvent comme un homme ordinaire plongé dans des situations surréalistes. Et tout particulièrement lors de la promotion des films. C’est certainement une expérience démesurée. Se rendre à la première d’un film, marcher sur le tapis rouge et répondre à des interviews est sans aucun doute quelque chose de bizarre et d’artificiel.
Cinemaniacs : Comment gardez-vous les pieds sur terre?
M. Damon : Je paie quelqu’un pour me le rappeler. (rires) Je crois que j’essaie de ne pas trop analyser la situation. Avant la promotion d’un film, je me mets en tête que je vais passer une semaine étrange, que je vais me rendre à Deauville, Madrid, Berlin et donner des interviews. Et puis, je rentre chez moi et je reprends mes activités normales. Comme si de rien n’était. Pour une première à New York, je pars de chez moi, je mets mon costume, j’entre par la grande porte, et puis je retourne à la maison, j’enlève mon costume et continue à vivre. Il m’est déjà arrivé de me rendre à la première d’un film à Manhattan, de me faire harceler en chemin par des dizaines de photographes et reprendre le même chemin vingt minutes plus tard sans être abordé! C’est incroyable. C’est un peu jouer un autre rôle et de porter le costume de Spider-Man. Je suis très content de ne pas devoir vivre avec la pression constante des médias. A petites doses, c’est très contrôlable.
Cinemaniacs : Contrairement à un George Clooney?
M. Damon : Il a plus de pression que moi. Mais c’est encore plus terrible pour Brad Pitt. Il a encore plus d’intrusion dans sa vie que qui que ce soit que je connaisse et il s’en accommode incroyablement bien. Lorsque nous étions à Amsterdam et en Italie, il y avait des gens qui dormaient devant notre hôtel! C’était incroyable. Ils restaient là pendant des semaines, 24 heures sur 24, juste pour le voir. Parfois, il s’échappait de l’hôtel, sautait sur sa moto et se baladait tout seul après avoir semé ses poursuivants.
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